Monsieur le Premier ministre,
L’Association de Défense des Exploitants Indépendants du Lavage (A.D.E.I.L.), issue de la fusion des associations ADEL et AEIL, souhaite attirer votre attention sur la situation particulièrement préoccupante des stations de lavage automobile professionnelles face aux restrictions d’eau liées aux épisodes de sécheresse.
Nous sommes pleinement conscients de la nécessité de préserver la ressource en eau et de participer à l’effort collectif. Notre démarche ne constitue nullement une opposition au principe des restrictions. Nous souhaitons toutefois qu’elles soient proportionnées, mesurables, contrôlables et adaptées aux spécificités de notre activité.
Une profession prête à s’engager concrètement
Notre profession est disposée à mettre en œuvre des mesures ambitieuses de sobriété hydrique. Selon les modalités retenues et les caractéristiques des installations, nous sommes notamment prêts à instaurer en période de crise une fermeture partielle et organisée de certains équipements, pouvant permettre jusqu’à 80 % de réduction de la consommation d’eau, notamment par la fermeture des portiques dépourvus de système de recyclage.
Cet effort serait considérable et largement supérieur à l’objectif maximal de réduction de 25 % qui est demandé, en crise, aux activités industrielles, commerciales et artisanales.
Nous sommes également prêts à mettre en place, à longueur d’année, un dispositif transparent et contrôlable comprenant notamment :
- un suivi précis des volumes d’eau prélevés ;
- la tenue de relevés réguliers de consommation ;
- la transmission de données aux services compétents ;
- des objectifs chiffrés de réduction ;
- des contrôles permettant de vérifier les efforts réalisés ;
- la justification des économies effectivement obtenues.
Notre position est donc claire : nous voulons prendre notre part à l’effort collectif, mais nous demandons que celui-ci repose sur une obligation de résultat en matière de sobriété hydrique plutôt que sur une fermeture systématique et totale des établissements, dont l’efficacité reste à prouver.
Des fermetures totales aux conséquences économiques et sociales majeures
Pour les entreprises concernées, une fermeture totale ne constitue pas une simple réduction temporaire d’activité. Elle entraîne une perte directe de chiffre d’affaires, qui ne peut être récupérée ultérieurement. Un lavage non réalisé pendant une période de fermeture ne peut, par nature, être reporté plusieurs semaines plus tard dans les mêmes conditions.
Dans certaines périodes, les pertes peuvent ainsi dépasser 95 % du chiffre d’affaires par rapport à l’année précédente. Cette situation menace directement la pérennité de nombreuses entreprises ainsi que l’emploi direct et indirect du secteur, qui représente plus de 12 000 emplois directs au niveau national.
À ce jour, aucun dispositif d’aide, d’indemnisation ou d’accompagnement économique spécifiquement adapté à la réalité des stations de lavage ne permet de compenser les conséquences de ces fermetures. La profession supporte donc intégralement le coût économique d’une mesure de restriction prise au nom de l’intérêt général.
Une activité présentant des caractéristiques particulières en matière de gestion de l’eau
Les stations de lavage professionnelles ne peuvent être assimilées à un lavage automobile effectué à domicile.
Un lavage haute pression en station est généralement estimé à environ 60 litres d’eau par véhicule, tandis qu’un lavage à domicile peut atteindre 340 litres. Les installations professionnelles disposent en outre de systèmes permettant de récupérer, traiter et, selon les équipements, réutiliser une part importante de l’eau utilisée. Un taux de récupération et de restitution au milieux naturel de plus de 95 % est réellement effectif.
Les stations professionnelles jouent également un rôle environnemental essentiel en collectant et en traitant les effluents issus du lavage, notamment les hydrocarbures, les métaux lourds et les autres polluants présents sur les véhicules.
À l’inverse, le lavage à domicile entraîne la dispersion directe de ces polluants dans les sols et les réseaux d’eaux pluviales, pratique qui est par ailleurs interdite. La fermeture des centres professionnels peut donc provoquer un report vers des pratiques plus consommatrices d’eau et moins maîtrisées sur le plan environnemental.
Ce paradoxe doit, selon nous, être pleinement pris en compte dans la définition des mesures de restriction.
Une contribution limitée aux prélèvements d’eau et une participation à la protection des milieux
La contribution du secteur du lavage professionnel doit être appréciée au regard de ses prélèvements réels, de sa consommation nette, de sa capacité de réduction ainsi que des conséquences environnementales et économiques d’une fermeture.
Selon les données communiquées par la profession et reprises dans certains documents administratifs, les centres de lavage représentent environ 0,37 % de la consommation d’eau en France, tandis que plus de 95 % de l’eau utilisée est restituée, selon les installations et les modalités de traitement.
Le lavage professionnel contribue par ailleurs à la collecte des polluants présents sur les véhicules. Les données communiquées par la profession font état de 360 grammes de boues polluées collectées par lavage, soit un volume annuel pouvant atteindre 58 000 tonnes de polluants captés et pris en charge par les centres de lavage.
Nous ne demandons pas que ces caractéristiques exonèrent notre secteur de toute restriction. Nous demandons simplement qu’elles soient prises en compte afin de retenir la mesure la plus efficace pour préserver à la fois la ressource en eau et les milieux naturels.
Notre demande : privilégier une obligation de résultat
Nous sollicitons la possibilité de substituer, lorsque la situation hydrologique et les conditions techniques locales le permettent, à une fermeture systématique une obligation de résultat en matière de sobriété hydrique, assortie d’un suivi et d’un contrôle par les services de l’État.
Notre profession est prête à accepter, en période de sécheresse :
- des réductions très importantes de consommation ;
- des fermetures partielles et ciblées ;
- des limitations concrètes et maîtrisées ;
- des objectifs chiffrés de réduction ;
- un suivi précis des volumes prélevés ;
- la transmission régulière des données aux services compétents ;
- des contrôles permettant de vérifier les efforts réalisés ;
- toute mesure permettant d’atteindre un niveau réel et démontrable de sobriété hydrique.
Nous sommes prêts à aller jusqu’à 80 % de réduction des prélèvements d’eau, lorsque les conditions locales et techniques le permettent.
Cette approche nous paraît d’autant plus pertinente que le cadre réglementaire prévoit que les restrictions soient définies selon les usages et les niveaux de gravité, tout en permettant une adaptation des mesures au regard, notamment, de la rareté de la ressource, des enjeux économiques spécifiques et des contraintes techniques.
Une demande de dialogue et d’équité
Notre démarche repose sur une volonté de justice, d’équité et d’efficacité environnementale.
Nous acceptons pleinement que notre profession contribue à l’effort collectif indispensable en période de sécheresse. Nous refusons toutefois que les stations de lavage soient systématiquement soumises à une fermeture totale alors même que :
- nous proposons volontairement des réductions de consommation pouvant atteindre 80 % ;
- nos installations permettent de maîtriser et de traiter les effluents ;
- le lavage professionnel limite la consommation d’eau par rapport au lavage à domicile ;
- notre activité contribue à la collecte des polluants présents sur les véhicules ;
- la fermeture des centres peut favoriser des pratiques moins vertueuses pour l’environnement.
Nous souhaitons donc pouvoir engager un travail constructif avec vos services afin de bâtir un dispositif conciliant :
- la préservation indispensable de la ressource en eau ;
- la sobriété hydrique ;
- la protection des milieux naturels ;
- la pérennité économique des entreprises ;
- la sauvegarde des emplois de notre secteur.
Nous sollicitons en conséquence un rendez-vous avec vous-même ou avec les services placés sous votre autorité, afin de vous présenter directement nos propositions (propositions qui vous ont été transmises en janvier dernier)et d’échanger sur la mise en place d’un dispositif équilibré, précis et contrôlable.
Nous sommes prêts à prendre des engagements chiffrés, vérifiables et opposables. Nous demandons simplement que ces efforts soient reconnus et puissent permettre, lorsque la situation hydrologique le permet, de privilégier une restriction proportionnée et mesurable plutôt qu’une fermeture totale.
Veuillez agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de notre haute considération.
Pour l’A.D.E.I.L.
Association de Défense des Exploitants Indépendants du Lavage
Association issue de la fusion de l’ADEL et de l’AEIL
exploitant.adeil@gmail.com
PJ :
- Note information ADEIL :
- L’eau et le lavage Auto en France :
- Plan de Sobriété Hydrique :